OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Pour un Internet polisson ! http://owni.fr/2012/06/15/pses-pour-un-internet-polisson/ http://owni.fr/2012/06/15/pses-pour-un-internet-polisson/#comments Fri, 15 Jun 2012 08:17:33 +0000 Guillaume Ledit, Andréa Fradin et Ophelia Noor http://owni.fr/?p=113447

Ouverture de Pas Sage En Seine à La Cantine, passage des panoramas, Paris. (cc) Ophelia Noor

Charges anti-Apple, tee-shirts Telecomix, chiffrement de données et barbes en broussaille : pas de doute, nous sommes bien à Pas Sage en Seine. Trublion reflet du plus institutionnel Futur en Seine, le grand raout numérique organisé en parallèle par la Ville de Paris et la Région Ile-de-France, ce festival donne pendant quatre jours la parole à quiconque souhaite parler d’Internet. Mais de préférence en empruntant les itinéraires bis. Car ici, hors de question de suivre les autoroutes confortables tracées sur le réseau par les mastodontes Apple, Google ou Facebook. Ici, “des gens pas sages du tout rendent visibles, intelligibles et pédagogiques les activités numériques underground ou tout simplement libres.” Pour un résultat gonflé d’impertinence, qui bouscule les standards élaborés par les services que nous utilisons au quotidien sur Internet. Le tout pour notre petit confort. Mais bien souvent au détriment de nos libertés.

Lignes de fuite et bidouillabilité

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“L’auteur aurait intérêt à être piraté”

“L’auteur aurait intérêt à être piraté”

Thomas Cadène est un auteur de bédé atypique. Passionné par Internet, il y a créé Les autres gens. Du modèle ...

Un constat qui s’impose avant tout sur le mobile.

”Avec les iPhone, il y a quelqu’un, en Californie, qui contrôle ce que vous avez le droit d’utiliser sur une machine que vous avez pourtant achetée” a alerté Tristan Nitot, évangéliste en chef de la fondation Mozilla en Europe, en ouverture de cette première journée du festival. Nos téléphones intelligents, iPhone, Blackberry et compagnie, nous verrouillent malgré nous dans un cocon aseptisé, où il est impossible de bouger un orteil sans aval préalable des firmes californiennes.

Sur l’AppStore, la plate-forme d’applications pour matériel Apple, pensée, conçue et validée de A à Z par la marque à la pomme, bon nombre de contenus sont ainsi persona non grata. Grand prude devant l’éternel, Steve Jobs a par exemple banni toute forme de nudité de ses joujoux du temps de son vivant. Exit le porn, tout comme des oeuvres de l’esprit autrement moins polémiques ; la BD collaborative française Les Autres Gens en fait par exemple les frais, au détriment de son rayonnement.

Mais le problème ne s’arrête pas à une histoire de fesses. Pour Tristan Nitot,

le téléphone mobile, comme le PC en son temps, c’est l’interface entre l’utilisateur et finalement, le reste du monde. C’est l’interface avec les amis, avec les informations et autres. Ce n’est donc pas neutre si quelqu’un contrôle absolument tout.

La solution ? Ouvrir le capot ! Adepte du sémillant concept de “bidouillabilité”, Tristan Nitot préconise de créer une interface mobile dont le code source serait complètement accessible aux utilisateurs. Taille, forme, couleurs (et bien plus encore) de tout objet affiché sur votre portable pourraient ainsi être modifiées, pour peu d’y consacrer du temps et de ne pas redouter de mettre les mains dans le cambouis. Un projet élevé au niveau industriel par Mozilla (pour le moment sous le nom de “Boot to Gecko”), qui ambitionne de proposer ces téléphones d’un nouveau genre dès le début de l’année prochaine. En partenariat avec l’opérateur Telefonica, ils ne devraient atterrir dans un premier temps que sur le marché brésilien. Mais Tristan Nitot n’exclut pas un futur débarquement européen qui suivrait cette même injonction : créez vos lignes de fuite

L’Internet polisson

T-shirt de geeeeek (cc) Ophelia Noor

Mot d’ordre en forme de fil rouge pour cette première journée de Pas Sage en Seine, où les sales gosses du Net n’ont pas manqué une occasion de troller les différents intervenants. Ou de moquer certaines figues du milieu, sans surprise absentes à l’événement. Orange, Free, Apple ou même Nadine Morano en ont ainsi pris pour leur grade.

Certains n’ont pas hésité à prendre eux-mêmes le micro pour aller défricher des pistes inexplorées. Ainsi, cette conférence de 15 à 16, intitulée “ Pourquoi les poulpes doivent inspirer Internet ?” [on en a fait une vidéo rien que pour vous]. Par amour de la contradiction, de l’humour potache et en estimant que quoiqu’il arrive, toute connaissance est bonne à prendre – pourvu qu’elle aboutisse à 42 [selon les références du milieu, 42 est la réponse au sens de la vie, NDLA].

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Sur Internet, sortez couvert !

Mais s’ils ont la blague facile, les cyber-effrontés savent se tenir à carreau. Et passent sans problème d’une ambiance rigolarde à une atmosphère studieuse. Car si la navigation menace d’étouffer la liberté des internautes, elle peut tout aussi facilement mettre leur vie en péril. Savoir hacker n’est alors plus question de prudence, mais d’urgence.

Tunisie, Égypte, Syrie, Pas Sage en Seine est l’occasion de rappeler l’impérieuse nécessité de protéger ses activités sur le réseau, en particulier dans les régimes autoritaires. De ceux qui pratiquent la censure, et tentent de restreindre voire couper l’accès au réseau. Les révolutions arabes en ont fourni plusieurs tristes exemples.

Conférence "Internet c'est nous" avec l'intervention de blogueurs tunisiens - (cc) Ophelia Noor

Elles ont aussi montré à quel point les hackers peuvent être d’un précieux secours. Plusieurs agents ”Telecomix, ce groupement de hackers qui aide les activistes des pays concernés en rétablissant la connectivité ou en leur apprenant à communiquer de façon sécurisée, sont d’ailleurs intervenus au long de la journée. Leurs maîtres-mots ? Chiffrement, anonymisation, proxys, VPN, Tor, protection des données : autant de conseils et d’outils qui ont jalonné ce premier jour de Pas Sage en Seine.

Les témoignages de Tunisiens impliqués dans la chute du régime de Ben Ali ou de Syriens en pleine guerre civile renvoyaient à cette réalité bien sensible, que résume d’une phrase Kheops, de Telecomix :

On parle de cyberguerre, mais ça n’a rien de cyber, ça concerne des vies tout ce qu’il y a de plus réel.

Okhin et KheOps de Telecomix (cc) Ophelia Noor

Une réalité sur laquelle Internet agit, tant dans la possibilité pour les États ou les grandes firmes de traquer les activités de leurs citoyens et utilisateurs que dans les moyens de lutter et d’agir contre ces tentatives de censure. Auxquelles sont souvent confrontées les journalistes, cible privilégiée de cette pédagogie par l’exemple, promue au cours d’une intervention par Reporters Sans Frontières. L’ONG mutliplie en effet depuis un an les points de contacts avec “la communauté hacker”. Et a modifié son slogan en passant de “Pour la liberté de la presse” à “Pour la liberté d’information”.

Un slogan qui résonne avec les fondamentaux de l’éthique hacker, selon lesquels l’information devrait être libre et gratuite. Et l’accès aux ordinateurs illimité et total.

Benjamin Bayart, ministre des Internets

Benjamin Bayart pendant sa présentation. (cc) Ophelia Noor

Clou du spectacle et ultime hack de la journée, Benjamin Bayart, président du FAI associatif FDN, a envoûté l’auditoire avec sa conférence “Liste des courses pour les députés.”

Une sorte de BA B.A de la régulation du Net, décliné en trois points : protection de la neutralité, décapage du concept de propriété intellectuelle et encadrement des fichiers policiers. Un laïus qui peut sembler soporifique par le menu, mais qui a tenu la salle de La Cantine bondée (et hilare) jusqu’à près de minuit – explosant de deux heures le temps imparti. Netévangéliste alternant humour, métaphores et trolling de compétition, Benjamin Bayart mériterait donc un compte-rendu à lui tout seul !

Sur la neutralité des réseaux, l’ingénieur de formation a insisté sur la nécessité d’une “grande loi”, courte et claire. Raillant au passage la politique européenne en la matière, qui détermine assez largement les orientations françaises, qui “croit que la main invisible et divine du marché va tout arranger, faire pousser les cheveux et enlarge [grossir, NLDR] les pénis.” Et rappelant que préserver la neutralité du réseau n’est pas un truc de technicien :

Rien n’empêche aujourd’hui un FAI de filtrer un site. Quel qu’il soit. Si un FAI décide un jour de filtrer un site de presse en ligne, parce qu’il décide qu’il ne lui plait pas trop, rien ne l’en empêche. Rien.

Après avoir fait un tour d’horizon des étranges pratiques des opérateurs sur les services de téléphonie et de télévision fournis dans leur “box”, Benjamin Bayart a appelé à une révision de fond en comble du concept de propriété intellectuelle. Rappelant que lorsque l’on reproduit une œuvre, il ne s’agit pas d’un vol car l’auteur de l’œuvre visé peut toujours en disposer. Et faisant quelques clins d’œil à la Hadopi, qualifiée de “verrue infectée” et inefficace.

Pour finir, l’e-tribun a abordé la question du fichage et de la mise en place d’une identité numérique impulsée par l’État. Une volonté absurde selon lui, dans la mesure où l’individu est seul moteur de son identité, en ligne comme “IRL” ["In Real Life", selon le jargon des connectés, NDLA] . Solution : comme dans la vraie vie, il suffirait de pouvoir prouver son identité “par tous les moyens”. Par exemple, avec suffisamment de témoignages. Mais pas en fournissant un matricule écrit et validé par l’État. Qui sublimerait une bonne fois pour toute l’idée que Big Brother is watching you.

Du coup, à qui d’autres pouvait-on laisser le mot de la fin, qui s’adresse à vous tous, les internautes.

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Photographies par Ophelia Noor pour Owni


Retrouvez tous les jours :

- le live de Silicon Maniacs

- les vidéos des conférences sur le site de la Cantine

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E-direct de l’e-G8 http://owni.fr/2011/05/24/direct-eg8-sarkozy-internet/ http://owni.fr/2011/05/24/direct-eg8-sarkozy-internet/#comments Tue, 24 May 2011 15:54:27 +0000 Andréa Fradin, Ophélia Noor, Guillaume Ledit et Olivier Tesquet http://owni.fr/?p=64309 Cet article sera mis à jour tout au long de cet e-G8, par notre e-OWNIteam \o/

Retrouvez les points les plus importants:

- Notre grille de Bullshit Bingo

- “Ne faites pas de mal à Internet”

Tuyaux, propriété intellectuelle, et le ton monte

- La société civile organise sa propre session

- Un déjeuner à l’É-lysée

- Et maintenant?


Un immense chapiteau en forme d’Algeco géant, des centaines d’invités, des petits fours Lenôtre, quelques gros bonnets descendus de leur tour d’ivoire (Didier Lombard traversant le buffet), le décor de l’e-G8 est solidement planté. Tout a commencé par une allocution attendue de Nicolas Sarkozy, chaudement accueilli par Maurice Lévy, le P-DG de Publicis et président de l’événement. “Ce forum est historique”, s’est emballé le publicitaire, visiblement ravi de jouer les maîtres de cérémonie. “Internet doit être libre des contraintes et responsable”, a-t-il ajouté, pour mieux introduire le président de la République.

Premier enseignement du Sarkozy 2.0: s’il a abandonné le concept impopulaire d’“Internet civilisé”, c’est pour mieux lui préférer la notion d’“Internet responsable”, une subtilité rhétorique qui a traversé l’ensemble de son allocution. Après avoir remis en question l’Hadopi lors de l’installation du Conseil national du numérique le 27 avril dernier, le chef de l’État a de nouveau durci le ton, érigeant le droit d’auteur, la propriété intellectuelle et la lutte contre les monopoles au rang de priorités. Dans l’entourage du président, on refuse de livrer le nom de la plume qui a couché ces bons mots (pas plus qu’on ne veut donner les noms des quelques chefs d’entreprise privilégiés qui ont déjeuné à l’Élysée ce midi) . Entre autres morceaux choisis, on peut isoler ceux-ci:

Vous avez besoin d’entendre nos lignes rouges au nom de l’intérêt général de nos sociétés.

Personne ne doit pouvoir être exproprié [...] de sa propriété intellectuelle.

Vous (les acteurs d’Internet, ndlr) ne pouvez pas vous exonérer de valeurs, de règles minimum.

Afin de tenir une comptabilité précise, nous avons imaginé une petite . Libre à vous de l’imprimer et de remplir le tableau de marque.

Après avoir loué les soulèvements arabes qu’il aurait pourtant évacué d’un revers de main il y a quelques semaines (“Internet est devenu l’échelle de crédibilité d’une démocratie, ou l’échelle de honte d’une dictature”), Nicolas Sarkozy a été apostrophé par le journaliste américain Jeff Jarvis. Il lui a demandé de prêter serment:

Do not harm the Internet / Ne faites pas de mal à Internet

Interrogé par OWNI, Jarvis regrette que le président ne l’ait pas pris au sérieux. En sus, il estime que “les gens de l’Internet auraient du organiser leur propre sommet”, en regrettant l’omniprésence de la sphère industrielle.

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Dans le même temps, quelques autres voix dissonantes se faisaient entendre, comme celle de Yochai Benkler, éminent professeur de droit à Harvard, qui a fustigé l’“absurdité de la loi Hadopi”. Même Eric Schmidt, le directeur exécutif de Google, y est allé de son refrain contestataire, en exhortant les Etats à ne pas légiférer trop tôt, parce que “la technologie avance plus vite que les gouvernements”. Ces belles intentions n’ont pourtant pas permis de redresser le niveau d’une séance “Internet et société” dans laquelle Jimmy Wales, le fondateur de Wikipedia, a du ferrailler avec Facebook ou Groupon. Tenant d’un réseau ouvert, Tristan Nitot, M. Mozilla en Europe, nous a fait part de sa satisfaction d’être invité, tout en s’agaçant de la composition des panels et “qu’on passe sous silence ce qui n’a pas de valeur financière”.

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Au vu du débat, difficile de lui donner tort. Stéphane Richard, patron d’Orange (qui est l’un des deux plus gros sponsors de l’e-G8), a profité de sa présence dans cette plénière sur les implications sociétales du Net pour imposer un thème qui lui est cher: la contribution des fournisseurs de service dans le financement des infrastructures, sur un argument simple, en forme de double lame:

Sans les réseaux Internet n’est rien [...] Internet n’est pas qu’une question de libertés, c’est une question d’argent.

Après cette incursion dans l’épineuse question de la netneutralité et des tuyaux (pendant laquelle Google et Apple en ont pris pour leur grade), on a pu assister à l’apothéose de cette première journée: la discussion sur “la propriété intellectuelle et l’économie de la culture à l’heure du digital”. Dans le coin droit, Antoine Gallimard, Pascal Nègre (président d’Universal), le patron de la Twentieth Century Fox, celui de Bertelsmann et Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture. Dans le coin gauche, un invité surprise, John Perry Barlow, cofondateur de l’Electronic Frontier Foundation, une association américaine qui défend les libertés numériques.

Sans surprise, le débat “apaisé” a vite tourné à la foire d’empoigne. Tandis que Pascal Nègre défendait son fonds de commerce en affirmant que le Net “crée des déserts culturels”, Barlow répondait par un soupir:

Mon Dieu, je ne vis pas sur la même planète.

John Perry Barlow, seul contre tous?

Pendant que la salle, coupée en deux, applaudissait tour à tour chaque camp, et que dans la salle, Andrew Keen (l’auteur du Culte de l’amateur) jouait avec jubilation sa partition de troll, Jérémie Zimmermann, le porte-parole de la Quadrature du Net, apostrophait vigoureusement un panel décidément attaché à ses bas de laine.

L’orage passé, John Perry Barlow nous confie qu’il a été invité à participer à cette plénière à la dernière minute: Lawrence Lessig, pape des Creative Commons et professeur de droit à Stanford, devait tenir la place du gardien du temple, mais Frédéric Mitterrand aurait fait barrage à sa présence. A l’e-G8, tout le monde a droit à la parole, mais pas de la même façon.

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Mercredi, sur le coup de 11h, quelques représentants des internautes ont décidé de tenir une conférence de presse sauvage en marge des débats. Face à un parterre d’une quarantaine de personnes, six intervenants ont pris la parole pour défendre “un Internet ouvert et libre”:

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“Je suis surpris qu’un événement français soit aussi américain”, a ironisé Lessig, avant de s’en prendre à l’ “audace de Nicolas Sarkozy, qui consiste à demander à de gros industriels quel doit être le futur d’Internet”. De son côté, Yochai Benkler a évoqué l’opposition de deux camps, qui s’affrontent “depuis quinze ans”:

Il y a d’un côté un camp ancré dans le XXe siècle qui a peur du changement, de l’innovation. Ces grandes compagnies veulent que le camp adverse, celui d’un réseau décentralisé, distribué, se plie à leurs exigences.

Sur une tonalité alarmiste, Jeff Jarvis s’est dit “effrayé par ces deux jours”. Pour lui, “Internet n’est pas l’affaire des gouvernements”. Tandis que Lessig soutenait que le Net “a très bien réussi à s’auto-éduquer”, Jérémie Zimmerman s’en est pris aux sponsors de l’e-G8, et Susan Crawford a souligné “l’absence de consensus sur le contrôle d’Internet”.

En aparté, Lawrence Lessig a explicité plus précisément son point de vue sur le barnum parisien, en expliquant notamment les déboires de Google aux États-Unis:

Quand vous voyez le mode d’organisation de cet événement, on peut parler de ploutocratie. Bien sûr, il faut écouter les grosses compagnies, mais elles ne jouent que la carte du profit. La question est la suivante: comment transformez-vous radicalement la façon dont les gouvernements fonctionnent? La réponse des États-Unis est très étroite d’esprit, et Google s’y heurte sur de nombreux sujets. Mais je ne leur fais pas confiance pour autant. Ce qui est inscrit dans leur patrimoine génétique, c’est le profit maximal.

Hier, la rumeur bruissait dans les allées de l’e-G8: Nicolas Sarkozy s’était entouré d’une vingtaine d’entrepreneurs pour partager son déjeuner élyséen. Une photo, publiée sur le site de l’Elysée, permet d’identifier ces joyeux convives.


La légende n’étant pas complète sur le site du Palais, nous avons identifié les individus présents sur la photo. Il nous en manque encore deux (les points d’interrogation dans la liste ci-dessous), aidez-nous à les retrouver!

De gauche à droite, premier rang:

Craig Mundie (Microsoft), Maurice Lévy (Publicis, Sharon Sandberg (Facebook), Nicolas Sarkozy, ?, Sunil Bharti Mittal, Sun Yafang (Huawei)

De gauche à droite, deuxième rang:

Joe Schoendorf (Accel Partners), Thomas H. Glocer (Thomson Reuters), Klaus Schwab (World Economic Forum), Eric Schmidt (Google), Ben Verwaayen (Alcatel-Lucent), Jimmy Wales (Wikipedia), Arthur Sulzberger (New York Times), ?, Rupert Murdoch (NewsCorp)

De gauche à droite, troisième rang:

Michel de Rosen (Eutelsat), ?, Xavier Niel (Iliad/Free), Stéphane Richard (Orange), Paul Hermelin (Capgemini), John Donahoe (eBay), Yves de Talhouët (Hewlett-Packard)

Après Tristan Nitot, le représentant européen de la fondation Mozilla, Mitchell Baker, sa présidente au niveau mondial, a accepté de répondre à nos questions. Elle estime que l’e-G8 pose la question de la relation entre les gouvernements, les internautes et les citoyens, et s’interroge notamment sur les moyens de représenter “les deux milliards d’individus qui ne participent pas encore à Internet”.

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A quelques heures des recommandations finales, Bertrand de La Chapelle, membre du board of directors de l’ICANN (l’organisation chargée d’attribuer les adresses IP à travers le monde), nous a livré son impression sur ce mini-sommet d’Internet. Spécialiste des modes de dialogue entre les différents acteurs du secteur, il livre une analyse plutôt optimiste:

D’ordinaire, le G8 ne compte aucun acteur civil. Quelque part, cela rappelle l’initiative de 2000, quand le rassemblement des chefs d’Etat avait convié une “DOT Force” (Pour Digital Opportunity Task Force), composée d’un représentant de la société civile et d’un autre des entreprises, et ce pour chacun des huit participants. Il faut donc se poser la question en ces termes: quelles sont les enceintes pour parler d’Internet au niveau mondial, sur des sujets transfrontières, complexes et non-linéaires ? Avec cet événement, un espace de débat vient de se coller au G8, un laboratoire dans la lignée du Forum sur la gouvernance d’Internet. Les tensions sont normales, mais les gouvernements ont besoin d’inputs, de retours et de compétence technique.

Bertrand de La Chapelle tient par ailleurs à insister sur un point, la nécessité d’un dialogue “entre trois catégories d’acteurs, les gouvernements, les entreprises, et la société civile”. Une interpénétration qui échappera un peu à la “conversation” entre Maurice Lévy et Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, arrivé directement de l’Elysée, où Nicolas Sarkozy le recevait à l’heure du déjeuner.

Pendant 45 minutes, on a assisté à une confrontation assez molle, “un publicitaire interviewant un des plus gros supports publicitaires”, comme le dira non sans une pointe d’ironie un fin connaisseur du numérique français. Devant une audience assez largement fascinée par la réussite du petit génie d’Harvard, le tycoon même pas trentenaire a défendu son entreprise dans ce qu’on appellera une keynote gentiment interactive. Telle une rockstar en roue libre, le jeune milliardaire (27 ans) a délivré un discours bien rôdé sur les vertus du partage, sirotant son Gatorade entre deux questions du public qu’il ne comprenait pas toujours. T-shirt gris, jean, baskets, le cador de la Silicon Valley cultive son image, à l’image d’un Steve Jobs, qui ne sort jamais publiquement sans son pull à col roulé et ses New Balance. Mais au moment d’évoquer la régulation, Zuckerberg préfère botter en touche.

En guise de dessert, tous les sponsors – dont une partie ira jouer les messagers à Deauville – se sont retrouvés sur l’estrade, pour exposer leurs conclusions. Maurice Lévy a déploré le bilan de certaines discussions (“Je ne comprends pas vraiment cette phrase”), les opérateurs ont prêché pour leur paroisse (rarement en faveur de la neutralité), et Ben Verwaayen, le directeur général d’Alcatel-Lucent, a eu ce dernier éclair de lucidité :

Ici, nous nous sommes encore parlés à nous-mêmes.


:

- Andréa Fradin: @fradifrad
- Ophélia Noor: @noorchandler
- Olivier Tesquet: @oliviertesquet
- Guillaume Ledit: @leguillaume

Crédits photo: CC Ophélia Noor pour OWNI, illustration de Une et Bullshit Bingo CC Elsa Secco pour OWNI

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Drumbeat Festival: apprendre de et avec le web ouvert http://owni.fr/2010/11/04/liveblogging-drumbeat-festival-apprendre-de-et-avec-le-web-ouvert/ http://owni.fr/2010/11/04/liveblogging-drumbeat-festival-apprendre-de-et-avec-le-web-ouvert/#comments Thu, 04 Nov 2010 13:21:21 +0000 Guillaume Ledit http://owni.fr/?p=34688 Devant le musée d’Art Contemporain de Barcelone, quelques tentes, un “Hackbus”, et des dizaines de geeks circulant entre les différents lieux consacrés au Drumbeat Festival. Sous l’égide de Mozilla, cette rencontre entre ingénieurs, professeurs, étudiants, hackers-bidouilleurs et militants d’un web libre et ouvert fait la part belle aux initiatives à portée éducative sous le slogan:

Learning, Freedom, and the Web

Si l’on souhaite qu’Internet transforme la société, c’est bien par l’éducation qu’il faut commencer, ce que tentent de démontrer avec passion les porteurs de projets présents sur les lieux. De manuels scolaires fonctionnant sur le principe des wikis à la façon d’utiliser au mieux Wikipedia en classe, de l’importance des Creative Commons dans la diffusion du savoir aux bonnes pratiques pour les professeurs,  OWNI vous propose sa couverture live de l’évènement. En commençant par une interview du président de Mozilla Europe, Tristan Nitot.

[ITW] Tristan Nitot: “on sous-estime énormément la puissance de l’Internet”

Quelles sont les motivations qui ont conduit Mozilla à organiser un tel évènement ?

Mozilla aujourd’hui est connu principalement pour Firefox, qui est un succès avec 400 millions d’utilisateurs. Ce que peu de gens savent, c’est que la vocation de Mozilla n’est pas simplement de faire du logiciel ou un navigateur: on est une organisation à but non-lucratif.

Ce qu’on veut, c’est qu’Internet reste ouvert et participatif.

Il se trouve que Firefox est un outil au service de cette mission. Aujourd’hui, c’est bien parti, notamment en Europe. Il n’est pas question d’abandonner Firefox, et on continue à investir dans son développement, mais on commence à relever le nez du guidon. On a réussi à rétablir la concurrence au niveau des navigateurs, ça fonctionne: il y a Chrome, Safari, Internet Explorer 9 est prometteur…

Pourtant, on se dit qu’il faut voir plus large, plus loin. Et c’est là que Drumbeat entre en scène. C’est le tout début: on a eu quelques évènements locaux mais c’est le premier évènement de grande ampleur, qui réunit des participants du monde entier, avec des profils très différents. On se sent moins seuls, entourés de gens qui ont envie de réinventer la société autour de ce qu’Internet a déjà changé.

L’objectif est de mettre des gens ensemble, de recenser des projets et de les faire fructifier dans l’idée que le web ouvert devienne un mouvement plutôt que des initiatives isolées. Il s’agit donc de fédérer, de faire prospérer ces différents projets.

Pourquoi se focaliser sur l’éducation ?

On vient du logiciel libre, on parle à nos communautés qui ont bien compris l’intérêt du hacking, au sens de bidouillabilité. Prendre l’objet, le transformer, en faire ce qu’on veut, le modéliser pour l’améliorer: tout cela est fait par une population extrêmement réduite et particulière. Il s’agit d’individus entre 20 et 40 ans, souvent des hommes… A côté de ça, il y a d’autres mouvements ou initiatives qui n’utilisent pas forcément les ordinateurs. Les créateurs de makemagazine par exemple, ont une approche comparable mais avec des compétences et outils différents: colle et scotch, plutôt que code… L’approche, pourtant, est comparable, tout comme celle des gens de Wikipédia ou des bibliothécaires présents ici aussi. On se dit qu’on a la possibilité de prendre l’Internet comme terrain de jeu. Les énergies de ces différents profils et les capacités techniques des bidouilleurs informatiques font émerger des projets qui peuvent vraiment changer quelque chose.

Et si on veut vraiment changer les choses, autant commencer par l’éducation.

En dehors du fait de créer un évènement au cours duquel les gens se rencontrent, quels sont les objectifs du festival, est-ce que Mozilla a prévu de financer certains projets?

Ce qu’on veut, c’est créer un bouillonnement créatif duquel émergeront des bonnes idées, et des moins bonnes. Il s’agit de faire remonter les meilleures idées à la surface, “bubble-up”, comme on dit. L’argent n’est pas particulièrement un problème. Déjà, on ne fait pas ça pour l’argent. Quand on parle de projets web, il n’y a pas besoin d’argent pour faire des choses extraordinaires. D’où l’importance de la neutralité du net, soit-dit en passant.

L’Internet est une formidable machine à copier de l’information et du code. A partir du moment où le code est écrit, il n’y pas de problème de passage à l’industrialisation. Internet est un levier qui fonctionne à merveille. Il s’agit donc de faire émerger les meilleurs idées et les meilleures pratiques à tous les niveaux: du code au niveau social, pour permettre aux gens de participer. Si on veut créer un mouvement, il faut que des gens qui sont pas des gourous de l’informatique puissent mettre le doigt dans l’engrenage, donner un peu de leur temps et obtenir rapidement une forme de gratification.

La barrière à l’entrée est suffisamment basse pour que les gens participent: même si il n’y a que quelques milliers de wikipédiens dans le monde, c’est suffisant pour qu’ils fournissent un service essentiel, et ce en quelques années. Je ne sais pas si on va aider à la découverte du prochain Wikipédia, mais l’idée est d’améliorer le monde: “hack the world” en faisant advenir un Internet, et je l’espère une société, plus ouverte et participative.

Assister à ce genre de festival, quand on suit au quotidien les développements d’Hadopi, de Loppsi ou d’ACTA, permet aussi de retrouver un peu d’optimisme. Vous partagez ce sentiment?

Il ne faut pas baisser la garde, tous les gens ici donnent énormément pour que ça marche. On assiste à l’éternel affrontement entre anciens et modernes. Les anciens sont toujours aux commandes, et ne comprennent pas ce qu’il se passe. Il faut donc rester vigilant, mais il y a un potentiel énorme: on sous-estime énormément la puissance de l’Internet. Ça fait des années que je compare Internet à l’invention de l’imprimerie. A l’ère de l’information, on a fait la télévision et la radio, qui sont fondamentalement centralisées, concentrées, avec un ticket d’entrée énorme: tant au niveau financier qu’à celui des régulations à respecter. Ce n’est plus le cas avec Internet.

Pour autant, je n’ai pas envie d’être perçu comme un révolutionnaire. Les gens de Mozilla, de façon générale, sont passionnés, engagés. On a été bénévoles pendant longtemps pour que Mozilla décolle. Fondamentalement, on a une opportunité au niveau de l’humanité aujourd’hui, et on veut lui donner la possibilité d’exister. Il s’agit de s’assurer que cette opportunité extraordinaire qu’est l’Internet ne succombe pas sous les coups de boutoirs des gens en place qui ont peur de ces changements, parce qu’il n’y comprennent pas grand chose.

Pourtant, on est face à la révolution du savoir. Il ne s’agit pas de savonner la planche de qui que ce soit. On veut la mort de personne, mais simplement que les gens aient accès au savoir: que l’humanité saisisse pleinement l’opportunité que représente Internet.

Les battements numériques du Drumbeat

Crédits photos par homardpayette sur le compte FlickR de Mozilla, et ceux de Henrik Moltke et Zbigniew Braniecki

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Tristan Nitot :||”Le web ouvert est important comme la démocratie dans la politique” http://owni.fr/2010/06/26/tristan-nitot-le-web-ouvert-est-important-comme-la-democratie-dans-la-politique/ http://owni.fr/2010/06/26/tristan-nitot-le-web-ouvert-est-important-comme-la-democratie-dans-la-politique/#comments Sat, 26 Jun 2010 10:01:57 +0000 Astrid Girardeau http://owni.fr/?p=20267 «Est-ce que le Web sera ouvert dans dix, vingt – voire dans cinquante ans ? Mozilla pense qu’il peut et doit l’être». Pour mener à bien ce combat, Mozilla a lancé Drumbeat, un projet qui vise à se faire rencontrer des communautés, créer des réseaux autours de projets ouverts et concrets. Le 1er juillet se tiendra, à Paris, le premier événement Drumbeat. L’occasion de rencontrer Tristan Nitot, président de Mozilla Europe, et Henrik Moltke, responsable du projet Drumbeat en Europe.

Qu’est-ce que Drumbeat ? Quelle est sa mission ?

Tristan Nitot : C’est un ensemble de projets participatifs visant à promouvoir le web ouvert à une large audience. Pousser les gens à expérimenter, faire des choses concrètes et positives, et réaliser ce qu’est le web ouvert, décentralisé, participatif, public. A Mozilla, on a bien compris ce que c’est car on baigne dedans. Mais les gens ne l’ont pas compris.

Il y a quelques jours, j’ai écrit un article assassin sur l’iPad et ça a été une levée de boucliers. L’iPad est une magnifique machine mais elle a un caractère fermé qui est, à mon sens, vraiment dangereux pour la société. Et les gens n’ont pas les références pour se dire : « c’est brillant, joli, bien foutu, mais dangereux. » C’est normal car on est en train d’inventer le monde de l’informatique. On n’a pas le recul, la culture, le vocabulaire. Et les gens n’ont pas été éduqués pour penser format, indépendance du code. Pourtant ça n’est pas un luxe. C’est important comme la démocratie est importante dans la politique. Et si on ne fait rien, les grandes entreprises vont se contenter de traiter les citoyens en consommateurs.

Drumbeat est l’occasion de faire participer les gens, leur faire toucher du bout du doigt ces valeurs là. Leur donner envie, en mettant un peu d’eux-même dans les projets, de défendre cette idée de web ouvert.

Le web ouvert n’est pas un luxe.

Henrik Moltke : On essayer montrer que ça a un a sens de participer, que ça change les choses. Avec Mozilla, on s’adresse surtout aux développeurs et aux geeks. Avec Drumbeat, on essaie de s’ouvrir à des profils plus littéraires : enseignants, artistes, journalistes etc. Les gens qui viennent aux événements connaissent souvent déjà les Creative Commons ou Wikipédia, mais ne savent pas forcément comment le web peut rester libre.

Quels types de projets aidez-vous et comment ?

NM : Il y a des projets éducatifs, comme p2pUniversity, une alternative au cadre institutionnel de l’éducation. Il s’agit de cours en ligne gratuits pour tout le monde. Par exemple, Joi Ito [CEO de Creative Commons ndlr] y a donné un cours sur le journalisme. A Toronto, Crisis Commons utilise le logiciel Open Street Map pour voir comment se développe une crise et comment aider. Il y a aussi le projet Universal Subtitles de sous-titrage universel collaboratif. Et WebMadeMovies, un projet d’openvideo pour monter un documentaire collaboratif sur le web ouvert, avec un système de méta-données. C’est un peu un laboratoire pour les nouvelles technologies comme html5. Cela peut aussi toucher le social-networking avec des alternatives aux projets clos tel Facebook.

Quand un projet entre sur le site, le défi est de faire commencer la participation. Si on voit que les gens sont motivés, on lui donne plus de visibilité. Ensuite, s’il est bien développé, formulé, qu’il a un but concret, on donne de l’argent. Entre 5.000 et 50.000 dollars. Le plus important n’est pas l’argent, mais de faire le pont entre les communautés qui participent à un projet.

Comment voyez-vous évoluer ces valeurs de web ouvert, participatif, etc. ?

TN : Je ne sais pas si le web ouvert a gagné ou perdu. Déjà il faut que la bataille continue. Il ne faut pas baisser la garde. Car tout le monde est au boulot pour contrôler l’utilisateur. Les gouvernements qui ont fini par mal comprendre ce qu’était Internet, et font des lois qui ne vont pas souvent dans la bonne direction. Les sociétés qui vont s’approprier les logiciels libres pour faire des choses qui les rendent paradoxalement moins libres. Il a plusieurs fronts dans cette guerre, et le champ de bataille évolue constamment.

Parfois il y a des bonnes nouvelles, parfois des mauvaises. Par exemple, l’annonce récente de WebM, ex-VP8, est une victoire importante. Le fait que le code ait été libéré et d’avoir une alternative au h264, c’est génial ! On a bu le champagne ce soir là ! On ne peut que se féliciter d’avoir un format vidéo ouvert aussi libre que l’html. Mais la bataille n’est pas terminée, maintenant il va falloir libérer ce standard.

Tout le monde est au boulot pour contrôler l’utilisateur

Et de l’autre côté…

TN : Il y a toujours des épées de Damoclès avec les brevets logiciels en Europe, des lois crétines,etc. Il y a du pain sur la planche pour les décennies à venir. Les gouvernements vont mettre des années à accepter Internet. Les grandes manœuvres sur les médias français montrent à quel point il est important de contrôler l’information, et Internet aussi. Il y a également les entreprises. Aujourd’hui, 1,2 milliards de gens, donc les plus riches de la planète, sont connectés. En les influençant via le logiciel ou le service, ça peut être très lucratif. Les intérêts commerciaux sont tels que certaines entreprises ont plus d’intérêt à contrôler l’utilisateur qu’à lui donner la liberté. Ce qui ne veut par dire que le commerce, le web commerçant, est mal. Chez Mozilla, on est persuadé qu’il faut qu’il y ait les deux. Après on pense que la partie non-commerciale n’a pas assez de place, et notre vocation est de la soutenir.

Les données, la vie privée sont une monnaie d’échanges, et ça moins d’1% de la population l’a compris. Facebook peut être monstrueux. Des gens se font virer de Facebook, c’est-à-dire qu’ils perdent leur graph social, leur équivalent d’e-mail, leurs documents, tout. Et sans justice. Récemment au Maroc, un type a fait un groupe pour que, dans leurs cours, les professeurs de science respectent la laïcité. Des gens lui sont tombés dessus, et le groupe a été viré, le compte du fondateur supprimé. Il n’y a pas de vrai justice ! Pas un jury qui décide si c’est vrai ou faux. Juste un gars aux États-Unis ou en Inde qui fait «oula, il y a eu beaucoup de signalements pour ce truc là. Je supprime».

Ça montre bien qu’il y a énormément d’éducation à faire. Mais les gens s’en foutent de l’éducation. Il y a donc deux manières de l’influencer. Mettre un produit comme Firefox, où ces valeurs ont structuré le produit, dans autant de mains possibles. Il exsude ses valeurs et les gens en bénéficient. Car le code influence l’utilisateur, et ça aussi peu l’ont compris. Du coup, les concurrents sont obligés de s’aligner. Par exemple Safari qui permet le choix du moteur de recherche ou Microsoft qui se met aux standards du W3C. Donc, indirectement, d’autres en bénéficient. Puis il y a Drumbeat, un genre d’éducation déguisée. Faire vivre, s’imprégner de ces valeurs. Et c’est infiniment plus puissant que de prêcher dans le désert.

Facebook : Il n’y a pas de vrai justice !

Mozilla est longtemps restée éloignée des débats «politiques» autour d’Internet. Qu’en est-il ?

TN : Cela est lié à l’évolution du marché des navigateurs. Pendant longtemps on s’est auto-censuré en mettant toute notre énergie à simplement faire un meilleur produit. Face à un Microsoft immobile, ça suffisait. Aujourd’hui ce marché est reparti, il y a plein de concurrents (Google, Microsoft, Apple, Opera, etc.) et on s’en félicite. Mais, du coup, qu’est ce qui fait qu’on est différent? Pourquoi on fait ça ? Pourquoi on a monté Mozilla ? Il y a le produit, mais il y autre chose. Ça n’est pas une question d’argent, mais une vision politique de la vie de la cité numérique. Mais le terme “politique” est galvaudé, on a du mal à l’assumer. Et je ne saurai pas placer Mozilla sur l’échiquier politique ou sur un banc de l’Assemblée nationale.

Et le fait que Google communique de plus en plus sur l’open-source…

TN : Je ne pense pas qu’on a les mêmes motivations. On est en train de découvrir OS Chrome. Os Chrome, pourquoi pas. Mais il y a deux choses qui me défrisent complètement. D’une part qu’il n’y ait pas le choix du navigateur. D’autre part, et c’est vraiment inquiétant, la première chose qu’on doit faire quand on démarre l’ordinateur, c’est s’identifier auprès de Google. Si on ne s’identifie pas, la machine s’éteint. Et là, je pense que… c’est pas comme ça que Mozilla ferait pour dire les choses pudiquement.

Pourquoi faire ce projet seul, sans d’autres acteurs du web ouvert ?

TN : C’est l’approche Mozilla héritée du libre : “Release early, release often”. On a une idée, on voit comment ça marche, et puis ça fait écho. Nous ont rejoints la Shuttleworth, la Participatory Culture Foundation (ce qui font le lecteur Miro), la p2pUniversity, le OneWeDay. Et je suis sûr qu’on pourrait faire des choses avec l’Electronic Frontier Foundation et la Free Software Foundation. Il y a des tas de gens avec qui on partage de l’ADN. Et on espère qu’ils vont participer sur la base d’un projet qui les motive. Pas en s’appelant de président à président.

Que va t-il se passer le premier juillet ?

HM : Il y a les projets sur le site, des projets à plus haut niveau comme avec la Knight Foundation ou la Transmediale à Berlin, et puis il y a les événements locaux où les gens se rencontrent, travaillent ensemble. On veut que ça soit rigolo, social et pratique. Et n’importe qui peut très facilement faire la même chose à Perpignan ou Nantes. Il y a déjà des outils, et on est en train de développer un “Évènement kit”.
TN : On veut créer un genre de réseau où les gens apprennent à se connaître, se connectent, s’échangent des idées. Faire catalyseur. Il faut qu’il y ait une excitation. Et ça ne se fait pas par une grand messe, mais une rencontre humaine et horizontale.

Événement Drumbeat – Jeudi 1er juillet 18h-22h
La Cantine; 151 rue Montmartre
Passage des Panoramas, 12, galerie Montmartre Paris, 75002

Crédit : nitot


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